Roger, Gabriel MAYER

11/05/1911 La Mouille (39) – 20/12/1982 Vence (06)

Professeur de Physique-Chimie (1940-1944)


En octobre 1940, au lycée

Roger Mayer est le fils d’enseignants du Jura. Ses études le conduisent jusqu’à l’École Normale Supérieure de Paris où il obtient l’agrégation de Physique. C’est son mariage avec Charlotte, Juliette HUCK qui le pousse apparemment à s’installer en Normandie. Il est nommé au lycée de garçons du Havre.

Quelques mois après le démantèlement du « Groupement de résistance générale » (sans doute fin décembre 1941 ou début janvier 1942), « un trio de rescapés du groupe MORPAIN à la recherche d’un nouveau chef » (dont Jacques HAMON et Pierre GARREAU) s’en va solliciter Roger Mayer. Ils se rendent à son domicile, 6 rue Picpus (rue Roger-Mayer depuis 1983), y rencontrent Juliette Mayer en l’absence de son époux (Juliette étant son prénom d’usage). Celui-ci, qui avait tout ignoré de l’action de son collègue Morpain, va accéder à leur demande. Roger Mayer dira vouloir laver l’honneur de l’École Normale Supérieure dont était également issu le collaborationniste Marcel DÉAT. Son épouse va s’engager résolument à ses côtés.

Devenu dans la clandestinité « Paul D. Jardin » (selon Pierre GARREAU et Émile BÉCHET, mais pour d'autres « Paul Desjardins »), il va fonder en janvier 1942, avec Henri CHANDELIER, quincaillier à Sanvic face à l’église, « L’Heure H » dont l’histoire va se confondre avec la sienne. Le réseau est renforcé dès le mois suivant par Jean THOMAS, présenté à Mayer par un collègue professeur nommé BIDOT ou BIDEAU, et qui a déjà fait ses preuves sans l’appui d’un groupe (« Physiquement, c’était un homme d’une force étonnante ; prudent, astucieux et patriote, il assurera seul la liaison avec les chefs de groupe » [Georges GODEFROY]). « L’Heure H » compte également rapidement dans ses rangs un graveur harfleurais, Gaston LE BORGÈS. Ce réseau va éditer bientôt un journal clandestin homonyme (dont la devise était : « Vulnerant omnes ultima necat », soit « Toutes blessent, la dernière tue » [sous-entendu : les heures]), imprimé clandestinement rue de l’Observatoire et diffusé au Havre par René GANDON, un autre ancien du groupement de Gérard Morpain. Il est en fait apparemment difficile de préciser si c’est le réseau qui donna son nom au journal ou l’inverse... René Gandon sera arrêté le 26 novembre 1942 et ne reviendra pas de déportation.

« L’Heure H » sera rejointe, courant 1942, et c’est un renfort de choix, par Raymond GUÉNOT et son groupe. Jacques Hamon, poursuivi par la « Gestapo », et notamment par MARTZ qui lui avait promis « qu’il le retrouverait » après son acquittement (voir article Gérard Morpain), va devoir se réfugier à Lillebonne chez des amis. Puis Raymond Guénot va l’emmener à Paris et le chargera bientôt, parallèlement à son travail à la « Galerie Drouant » (où il va apprendre son métier de galeriste), de distribuer « L'Heure H », lui en faisant parvenir 1 000 exemplaires chaque mois. Jacques Hamon sera aussi chargé d'accueillir, de fournir nourriture, logement et travail à des Résistants havrais inquiétés par l'occupant. En février 1943, la « Gestapo » va arrêter les parents de Jacques Hamon, René et Madeleine, espérant le forcer à regagner Le Havre. Hamon sera condamné à mort par contumace en mars 1943. Ses parents seront libérés à la fin de l’été.

Pendant ce temps, « L’Heure H » essaie de créer une liaison avec Londres, et continue, surtout grâce à l’action de Jean Thomas et de Georges MAGUIN, à collecter des renseignements... Livré à ses seuls moyens, le groupe se résout à fabriquer les seules armes qu’il peut fabriquer : des « grenades », des espèces de « cocktails Molotov ». Roger Mayer, grâce à ses connaissances en chimie, va constituer un stock de bouteilles incendiaires remplies d’essence, avec une amorce de chlorate de térébenthine allumée par une ampoule d’acide sulfurique écrasée par le choc d’une masse lors du lancement.

Au printemps 1943, Roger Mayer entre en contact avec le capitaine Philippe LIEWER, alias « Charles Staunton » alias « capitaine Clément », un français appartenant au réseau de l’armée anglaise « Hamlet-Salesman 1 », venu en Normandie pour la création de formations paramilitaires en prévision des opérations de 1944. Le seul contact est une « boîte aux lettres », un commerce de vêtements pour dames, « Micheline », 72-74 rue des Carmes à Rouen, tenu par Jean (« Nénesse ») et Florentine SUEUR, et ce réseau compte environ 150 membres sur Rouen. À partir de juillet 1943, « L’Heure H », qui vient de fusionner avec quelques petits groupes indépendants, intégrera ce réseau soutenu par le « Special Operations Executive » britannique (SOE), devenu « Hamlet-Salesman-Buckmaster » (du nom du colonel britannique Maurice BUCKMASTER qui dirige la section française du SOE) et va y ajouter ses quelque 200 membres. Roger Mayer y sera « Jean-Pierre »…. La liaison avec Londres, tant recherchée, est enfin assurée. En juillet, Jean Thomas, chef de groupe, est chargé de conduire les formations paramilitaires pour le secteur du Havre. Ceci va également permettre d’améliorer les communications radiophoniques avec Londres, d’organiser des coups de main et de diffuser les informations recueillies par Jean Thomas (embauché par l’entreprise de BTP « Thireau-Morel », travaillant aux chantiers portuaires et ayant de ce fait obtenu un laissez-passer lui permettant de pénétrer dans les zones réservées à la « Kriegsmarine ») et Georges Maguin (notamment les plans des fortifications de la côte et des renseignements sur la plate-forme de lancement de V1 d’Esclavelles, à côté de Neufchâtel-en-Bray). Le groupe va également se préparer à venir en aide aux aviateurs alliés abattus (Roger et Juliette Mayer, entre autres, obtiendront le titre de « helper »). Enfin, dans l’optique de futurs combats de Libération, des armes sont parachutées.

En juillet 1943, le réseau subit un coup très dur avec l’arrestation de Raymond Guénot. Le renfort de ce prisonnier évadé d’un stalag avait été d’un grand secours : il avait appris dans les livres à fabriquer des faux papiers en reproduisant notamment des tampons sur des gommes à effacer, se liant avec des graveurs (dont Gaston Le Borgès) et des imprimeurs, grâce à qui il fabriquera, grâce notamment au travail d’impression de Madame CHOSSAT, place Jules-Ferry, plusieurs milliers de fausses pièces d’identité (au moins 10 000 disent certains, ce qui aurait facilité l’évasion de 2 000 prisonniers, réfractaires ou aviateurs alliés), parvenant, par divers moyens, à faire parvenir ces documents dans les stalags… Il était également un des principaux rédacteurs de « L’Heure H ». Avec l’accord de Roger Mayer, il va même adhérer au « Rassemblement national populaire » (le RNP de Marcel Déat), prendre la place de son dirigeant local et devenir le confident du Doctor ACKERMANN, le « Kreiskommandant ». Raymond Guénot parvient ainsi à glaner de nombreux renseignements et même à faire imprimer « L’Heure H » avec le papier et l’argent du RNP… Suite à une dénonciation, il sera donc arrêté, transféré à Rouen et fusillé le 1er novembre 1943 au Madrillet, « comme le héros de ses rêves d’enfant »… Après son arrestation, Roger Mayer demandera à son collègue Émile BÉCHET de le remplacer comme rédacteur du journal…

Dans les premières semaines de 1944, un agent de la Gestapo va réussir à s’introduire dans la section rouennaise de « Hamlet-Salesman » et un coup de filet va bientôt être réalisé… En perquisitionnant chez un garagiste de Sotteville-lès-Rouen nommé PHILIPPON, qui fournit des armes à « L’Heure H », la police allemande découvre un registre. Le 11 mars 1944, Roger Mayer est arrêté, ainsi que Henri Chandelier. Jean Thomas réussit à éviter l’arrestation et à prévenir de nombreux membres du réseau qui parviennent à se disperser, mais le stock d’armes, entreposé rue de Saint-Quentin, à la Mare-au-Clerc, soit trois tonnes de matériel, sera saisi. Dans les jours qui suivent, un certain nombre de résistants seront tout de même arrêtés (dont le graveur Le Borgès) et déportés. La plupart ne reviendront pas de captivité.

Portrait de Roger Mayer.
(Fonds Mauricette Herault/col. Christophe Durand)

Roger Mayer, durement torturé, est quant à lui déporté vers l’Allemagne (prison Bonne-Nouvelle à Rouen, Royallieu près de Compiègne, convoi dit « des tatoués » du 27 avril 1944 vers Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Flessenburg, puis Flöha en Saxe), mis aux travaux forcés dans les mines, puis lancé sur les routes devant l’avance alliée. « Échoué à la frontière tchèque » (Pierre GARREAU), Roger Mayer reviendra de captivité en juin 1945, mais silicosé et tuberculeux, pesant 38 kg (il en pesait 75 avant son arrestation). Après de longs mois de soins, il sera affecté au lycée Claude-Bernard à Paris, gardant toutefois un pied au Havre, où il sera notamment directeur de la publication du nouveau quotidien « Havre Libre ».

Il mourra à l’âge de 71 ans. Une salle du lycée devenu François 1er porte son nom, ainsi que la rue du Havre où il vivait.

Année scolaire 1940 - 1941 - Photo de l'équipe de professeurs du Lycée


Écrit par : Jean-Michel Cousin

Le 27/06/2022