Jean, Albert, Gaston LEGOY

15/11/1927 Le Havre - 4/11/2025 Lille (59)

Élève lycée de garçons (1944-1945)

Instituteur

Historien


Photo : Paris-Normandie

Jean Legoy naît au Havre. Il est le fils de Gaston, Julien, Raoul Legoy (1901-1988), né dans une famille ouvrière de la région de Bolbec, cordonnier de son état, et de son épouse, née Laurentine LESTIBOUDOIS, couturière. Par son engagement politique, tout d’abord proche des idées anarchistes, puis adhérent en 1919 du syndicat des ouvriers cordonniers et de la « Jeunesse syndicale ouvrière » puis, à partir de 1920, du Parti communiste (de façon intermittente), mais aussi par ses travaux d’historien amateur, Gaston Legoy influencera grandement l’avenir de son fils.

On ne sait pas grand-chose de la jeunesse et de la scolarité de Jean Legoy. Tout au plus est-on certain qu’il est élève en première, pendant l’année scolaire 1943-1944, au collège moderne de Montivilliers. Alors que les épreuves du « premier bac » approchent, en mai 1944, l’occupant impose aux hommes de 16 à 45 ans, habitant la zone interdite autour du Havre, de planter dans les champs des pieux de bois de 4 à 5 mètres de haut, les fameuses « asperges de Rommel » destinées à rendre impossible l’atterrissage d’aéronefs. Jean Legoy refuse de participer à cette tâche et est emprisonné. Il ne doit qu’à l’intervention du principal de son collège, alerté par ses parents, d’être libéré et de pouvoir passer, avec succès, son examen. C’est, semble-t-il, dès 1944 qu’il adhère aux « Jeunesses communistes », dont il devient rapidement secrétaire pour la région havraise, ce qui lui permet alors de fréquenter celui qui dirige ce mouvement à l’échelon de la Seine-Inférieure, Roland LEROY, futur cadre du Parti et directeur du journal « L’Humanité ».

Le 13 novembre 1944, Jean Legoy entre dans notre lycée, pour y suivre une terminale « Philosophie ». Il vit alors 91 rue Hélène au Havre, entre le cours de la République et la rue Jean- Bart, au-dessus de la boutique « À la chaussure d’usage » tenue par ses parents, qui, outre une activité de cordonnerie, de vente de chaussures et d’articles de cuir, est également un salon où on discute politique. En juin 1945, il obtient son baccalauréat, est nommé à la distribution des prix en tant que deuxième accessit de philosophie, et devient immédiatement instituteur, comme cela semblait possible à cette époque… De 1947 à 1949, il va effectuer son service militaire, à l’issue duquel il épousera Odette ABGRALL elle-aussi institutrice mais aussi fille de mineur, qui lui donnera un fils, Pierre. Il va ensuite effectuer une carrière d’enseignant jusqu’à sa retraite, en 1983, à l’âge de 56 ans. Après une nomination en 1949 à Nesle-Normandeuse (Seine-Inférieure, non loin de Blangy-sur-Bresle), il est alors en poste, depuis 1956, à l’école Jules-Ferry, rue du Docteur- Velpeau, au Havre-Sanvic.

En parallèle, Jean Legoy ne néglige pas son activité militante. Dès 1945, il adhère au SNI (« Syndicat national des instituteurs »). Il diffuse « L’avenir du Havre », quotidien puis hebdomadaire de la section communiste locale, dirigé par René CANCE, un ami proche de son père, qui avait arraché le poste de conseiller général du troisième canton en octobre 1937 à Léon MEYER qui le détenait depuis trente ans, futur maire du Havre (de 1956 à 1959, puis de 1965 à 1971). De 1944 à 1947, Jean Legoy va, tous les dimanches matins, vendre ce journal ainsi que « L’Humanité Dimanche » dans la rue, accompagné par son camarade Pierre Cance, fils de René. Dès 1956, il adhérera à l’association « France-URSS », où il jouera un rôle non négligeable aux côtés de notre camarade Jean GIUSTINIANI qui la préside.

Et puis, Jean Legoy va sans doute être encore inspiré par son père Gaston. Celui-ci est un collectionneur passionné (livres, journaux, cartes postales), qui fréquente assidûment le bouquiniste André BALY (139 cours de la République, à deux pas de chez lui). Féru de photographie, Gaston Legoy prendra sa retraite de commerçant pour être embauché par la ville du Havre comme documentaliste du musée des Beaux-Arts, et organisera de nombreuses expositions sur des thèmes historiques. Jean Legoy, dès son retour au Havre en 1956, va s’intéresser aux questions culturelles havraises. Il va participer à de nombreuses conventions, conférences et expositions, et surtout se mettre à écrire pour devenir « l’historien du Havre populaire et du mouvement social ». En 1986, il publie par exemple « Cultures havraises », ouvrage qui fait date dans l’histoire locale, de même que « Le peuple du Havre et son histoire », une vaste étude en quatre tomes publiée dans les années 1980. En 1988, il participe à la création du film « Table rase », réalisé par Christian ZARIFIAN, qui traite de la destruction du centre ville du Havre par les bombardements de septembre 1944.

Membre du Comité d’histoire de la Révolution, Jean Legoy sera également membre de l’Institut de recherches et de documentation de l’Université de Rouen-Mont-Saint-Aignan. En 1990, il obtient un doctorat en Histoire de l’Université de Rouen, sur la base de l’ensemble de ses travaux, à la suite de très nombreuses publications, contributions et conférences.

De 1975 à 1999, Jean Legoy sera vice-président du CHRH (« Centre havrais de recherche historique »). Il y côtoiera notre camarade Philippe MANNEVILLE, avec qui il avait partagé la même classe de terminale, longtemps président de cette association. Tous deux participeront à l’écriture d’ouvrages communs.

En 1999, Jean Legoy quitte Le Havre pour La Rochelle (Charente-Maritime). Il devient membre de la « Société rochelaise d’Histoire moderne et contemporaine ». Il y poursuit ses travaux consacrés à la traite des Noirs.

Puis, en 2015, il déménage pour Lille (Nord), où vit son fils Pierre. Il y donnera une quinzaine de conférences, traitant de l’histoire du 1er mai, et notamment du massacre de Fourmies (Nord), mais aussi de l’histoire des ports de la Manche.

Il meurt à quelques jours de son 98ème anniversaire.


Écrit par : Jean-Michel Cousin

Le 02/03/2026