Gustave LENNIER
de naissance Gustave, Léon LENOIR
26/02/1835 Le Havre – 19 novembre 1905 Le Havre
Élève du collège rue de la Mailleraye
Géologue, naturaliste

Gustave Lenoir est le fils naturel de Marie Lenoir et de Jean, Guillaume (dit Guillaume) Lennier. Il semble donc avoir été déclaré à l’état-civil sous le nom de sa mère. La date et les circonstances dans lesquelles il prend le nom de son père ne sont pas précisées. Ce père est établi « marchand- naturaliste » au Havre, c’est à dire qu’il achète et vend des curiosités exotiques sous la forme de souvenirs. Il tient boutique dans un magasin-hangar proche de la jetée nord. En 1838, il va y exposer des objets et animaux divers expédiés d’Amérique du Nord par l’explorateur et naturaliste Charles-Alexandre LESUEUR avec lequel il va se lier rapidement d’amitié, d’autant que la ville du Havre projette d’acheter une collection pour un futur muséum. La collection privée de Guillaume Lennier et celles provenant de Lesueur vont rejoindre en 1845 le Musée-Bibliothèque nouvellement ouvert. Lesueur en est nommé conservateur de ce muséum jusqu’à sa mort, fin 1846, et c’est Guillaume Lennier qui va lui succéder.
Pendant ce temps, le jeune Gustave grandit dans cet univers, entre galeries et boutique, accompagnant parfois Lesueur à la recherche de fossiles sous les falaises du cap de la Hève. Il suit les cours du Collège du Havre et serait ensuite parti parfaire ses connaissances de naturaliste au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Toujours est-il qu’il s’établit, comme son père, « marchand-naturaliste » au Havre.
Mais Gustave a envie de voyager. En 1855, il part pour l’Afrique occidentale, rejoint le Sénégal et visite le royaume du Cayor (actuellement partie du Sénégal), puis la Guinée. Il remonte les fleuves Mellacorée et Rio Nunez, avant de revenir au Havre en 1858. Peu après, il est nommé préparateur des galeries du Musée-bibliothèque, travail qu’il exerce quelques mois avant, au décès de son père le 8 septembre 1859, de lui succéder comme conservateur… En 1857, il a été nommé membre non résident de la « Société d’archéologie et d’histoire de la Manche ». Il devient également membre de la « Grande Loge de France », d’obédience maçonnique. En 1862, il est admis à la « Société havraise d’études diverses » (SHED), une association d’érudits locaux créée en 1833.
Gustave Lennier va dès lors tout faire pour assurer localement un rayonnement des sciences naturelles. Il va publier des guides géologiques, songer, et même avancer fortement, sur un projet de fondation d’un jardin zoologique et d’acclimatation dans le vallon de Sainte-Adresse, avorté suite à la guerre qui arrive et à cause d’un manque de crédits, puis fonder en 1868 un aquarium à l’occasion de l’« Exposition maritime internationale » (« réplique d'une grotte écossaise », celle de Fingal, dans l'île de Staffa, construite en serpentine, peuplée de divers « poissons, pieuvres,phoques et palmipèdes » provenant du littoral normand et de pays lointains. Deux grottes latérales hébergent l’une la flore et la faune marines de l’Amérique, l’autre celles d’Afrique « avec crocodile et alligator » [sic]. Entre elles, « un paysage rappelle par sa végétation et les animaux terrestres qui y sont placés un site africain et un du nouveau monde »), s’engager en 1870 et partir comme sergent, créer, en 1871, la « Société géologique de Normandie », qui organisera, en 1877, une exposition de géologie et de préhistoire. Celle-ci va provoquer le désir de l’exposition permanente des collections et inciter la ville à ouvrir, en 1881, dans l’ancien palais de Justice, un nouveau Muséum d’histoire naturelle. Gustave Lennier va y développer l’ethnographie, la paléontologie, la préhistoire et la zoologie.

Notons que l’aquarium sera transféré dans la partie ouest du square Saint-Roch, transformé en 1869 en aquarium définitif, mais que la défaite de 1871 ne permettra pas d’en achever les travaux. Si le premier se voulait avant tout ludique, celui-ci est plus ambitieux, intégrant un jardin zoologique, un vivarium et un laboratoire de physiologie maritime permettant des expériences « in situ », qui intéressera la faculté des sciences de Paris. Cet aquarium est considéré comme un « instrument de travail devant servir aux écoles, au lycée, aux professeurs, pour développer l’esprit d’observation et de recherche et faire croître toute une génération d’hommes de science ». Bâti en blocs de grès normand et roches issues des falaises du littoral, il contient trois salles et vingt-trois bacs profonds de quatre mètres. En extérieur, on accède à un petit belvédère d’où on peut admirer le bassin des quatre crocodiles du Brésil, celui des deux veaux marins, loutres d’Europe et canards. Ayant coûté 100 000 francs, il est donc inauguré le 1er août 1869. L’aquarium « attire des curieux, des savants et des personnalités comme la reine Isabelle d'Espagne, l'impératrice d'Autriche, le Président de la République Adolphe Thiers ou le maréchal Mac Mahon ». Mais, passées les deux premières années, sa fréquentation va baisser (avec tout de même 450 000 visiteurs en onze ans), malgré les animations organisées dans le square, notamment les concerts hebdomadaires. En juillet 1881, Gustave Lennier jette l’éponge. L’aquarium est repris par un certain William PARTRIDGE et le Docteur Joseph GIBERT, et un laboratoire d’océanographie est créé en octobre 1881. Après travaux, il rouvre le 22 janvier 1882 en tant que « station maritime de physiologie » avec laboratoire annexe, sous la direction de Paul BERT, médecin et homme politique. C’est là que Charles RICHET étudiera le suc gastrique des poissons pour préparer un ouvrage sur l’anaphylaxie qui lui vaudra le prix Nobel de Médecine en 1913. On dit également que le prince Albert 1er de Monaco s’en inspirera pour créer le Musée océanographique de la principauté. Pourtant, cet établissement ne sera soutenu ni par la Municipalité ni par la population, et l’aquarium va disparaître faute de crédits. Sa fréquentation continuera à décroître et il fermera le 1 er octobre 1890,ayant reçu au total 590 000 visiteurs. Il sera vendu à la démolition le 28 octobre 1891 pour 526 francs.
Une des découvertes les plus considérables de Gustave Lennier aura lieu vers la fin du XIX ème siècle, quand il met à jour les vertèbres d'une créature préhistorique dans les falaises du « Bout du Monde ». Son travail majeur concernera la découverte et l'étude de cet iguanodon, un dinosaure de la période jurassique. Après la découverte initiale de quelques vertèbres, Lennier lancera une expédition sur le site de la trouvaille, où il organisera une fouille pour trouver les os de la créature. Le dinosaure découvert pèse 4 tonnes, mesure 5 mètres de haut et 7 mètres de long.
Mais, cette apparente force de la nature qu’est Gustave Lennier est souvent malmenée par des accès de fièvre, certainement un paludisme rapporté du Sénégal. Il va mourir à l’age de 70 ans, peut-être des suites d’une intervention chirurgicale.
Il aura été l’auteur de plusieurs publications, dont une monumentale étude sur l’estuaire de la Seine.
Une rue du Havre, ainsi qu’une rue de Sainte-Adresse, portent le nom de Gustave Lennier.
Décorations :
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Ordre national de la Légion d’honneur, au grade de chevalier (1887) -
Officier de l’Instruction publique (équivalent de l’actuel grade d’officier de l’Ordre des Palmes académiques)
Sources :
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Lennier
- https://museum-lehavre.fr/fr/numeritheque/notes-dethnographie-oceanienne
- https://cths.fr/an/savant.php?id=2311
- https://data.bnf.fr/fr/ark:/12148/cb104036007
- https://nutrisco-patrimoine.lehavre.fr/ark:/12148/bd6t53373620.texteImage
- https://www.livre-rare-book.com/book/5472417/12259
- Notes personnelles
Écrit par : Jean-Michel Cousin
Le 19/02/2026